
Vétérinaire canine à La Celle-Saint-Cloud (78), apicultrice passionnée et responsable Île-de-France de l’animation du réseau OMAA, le Dr Vét. Béatrice Profit conjugue médecine, transmission et engagement pour la santé des abeilles. Un parcours singulier, porté par la curiosité, l’écoute et le sens du collectif.
Dans sa clinique de La Celle-Saint-Cloud (78), le Dr Vét. Béatrice Profit soigne chiens et chats avec la même attention depuis de nombreuses années. Pourtant, derrière cette activité de vétérinaire généraliste canine se cache un autre univers, tout aussi fascinant : celui des abeilles. Entre ruches, santé des colonies et accompagnement des apiculteurs, elle s’investit aujourd’hui au sein de l’OMAA, l’Observatoire des Mortalités et des Affaiblissements de l’Abeille Mellifère, dont elle est responsable de l’animation en Île-de-France.
Un engagement qui n’a rien d’un hasard, tant son parcours s’est construit au fil des rencontres, des expériences et d’une curiosité intacte pour le vivant.
De la faune sauvage à la médecine canine
À la fin de ses études vétérinaires, Béatrice Profit se destine d’abord à la médecine exotique et à la faune sauvage. Son stage de fin de cursus l’emmène jusqu’à Milwaukee, près de Chicago, puis au parc Kruger, en Afrique du Sud. « Ce qui m’attirait au départ, c’était vraiment l’exotique, le sauvage », raconte-t-elle.
Mais sur le terrain, une évidence s’impose progressivement : ce qu’elle aime avant tout, c’est la médecine, le soin, le lien avec la clinique. Elle revient alors vers une pratique plus proche de son quotidien et choisit la canine pure. « Finalement, je suis revenue à quelque chose d’assez simple », confie-t-elle avec le sourire.
Cette approche généraliste, qu’elle revendique encore aujourd’hui, ne l’empêche pas de continuer à approfondir certains domaines. Souhaitant aller plus loin dans sa pratique, elle suit notamment un diplôme d’école en ophtalmologie vétérinaire afin de renforcer ses compétences sur cette discipline exigeante.
Par ailleurs, elle valide un diplôme inter école apiculture, pathologie apicole.
La transmission comme seconde vocation
Un autre tournant s’opère au moment de son premier congé maternité. Cherchant une activité compatible avec le rythme de son jeune enfant, elle propose à l’institut de formation des ASV de corriger des copies pendant les siestes de son bébé. Une démarche simple… qui l’amènera finalement vers l’enseignement.
Depuis, elle intervient toujours comme formatrice auprès des auxiliaires spécialisés vétérinaires. Une activité qu’elle affectionne particulièrement. « J’aime beaucoup la gestion du groupe, l’apprentissage, et le public des ASV », explique-t-elle.
Cette dimension pédagogique traverse d’ailleurs l’ensemble de son parcours. Expliquer, accompagner, transmettre sans juger : une philosophie qu’elle applique aussi bien auprès de ses clients que dans ses missions autour de l’apiculture.
Une passion devenue engagement
L’histoire avec les abeilles commence dans sa vie personnelle, avec quelques ruches installées « pour compléter la famille ». Aujourd’hui encore, elle possède une dizaine de ruches, soit plusieurs centaines de milliers d’abeilles au total.
Très vite, cette passion rejoint naturellement son métier de vétérinaire. Lorsqu’elle entend parler du lancement de l’OMAA en Île-de-France, elle y voit immédiatement une évidence : « Cela combinait mon métier de vétérinaire et mon goût pour l’apiculture. J’avais un peu l’impression d’être le public cible. »
Créé par l’État, l’OMAA est un dispositif destiné à accompagner les apiculteurs confrontés à des mortalités ou à des affaiblissements de colonies. Grâce à un numéro unique, les apiculteurs peuvent signaler un problème et bénéficier, sous certaines conditions, d’un accompagnement technique et sanitaire réalisé par des vétérinaires formés.
L’objectif est multiple : comprendre les causes des mortalités, accompagner les apiculteurs dans leurs pratiques et collecter des données épidémiologiques à l’échelle nationale afin de mieux suivre la santé des abeilles sur le territoire.
« C’est un outil incroyable », insiste-t-elle. « Les données sont anonymisées. Il ne s’agit pas de contrôler ou de sanctionner les apiculteurs, mais de comprendre ce qui se passe et de les aider. »
Soigner une colonie comme un “super-organisme”
La santé des abeilles est un sujet complexe. Parmi les principales menaces figure notamment le Varroa, un acarien parasite qui fragilise les colonies et transmet d’autres pathologies.
« Une ruche, il faut la voir comme un super-organisme. On ne soigne pas un individu, mais toute une colonie. »
L’approche dépasse donc largement le simple traitement sanitaire. Conditions d’hébergement, alimentation, gestion du rucher, prévention parasitaire… chaque intervention s’apparente à un véritable audit global.
Cette vision systémique nécessite aussi une bonne connaissance du terrain. Et pour Béatrice, être apicultrice constitue un véritable atout dans sa pratique vétérinaire apicole. « Pour les abeilles, c’est important de comprendre concrètement comment cela fonctionne au quotidien », estime-t-elle.
Faire connaître un outil encore méconnu
Expérimenté dès 2017 dans plusieurs régions pilotes, le dispositif OMAA s’est progressivement étendu à d’autres territoires, dont l’Île-de-France à partir de 2023. Après une interruption administrative en 2025, le réseau doit désormais être redéployé à l’échelle nationale en 2026.
L’un des principaux défis reste aujourd’hui la notoriété du dispositif. Beaucoup d’apiculteurs connaissent encore mal l’OMAA ou craignent, à tort, une logique de contrôle administratif.
« Nous sommes vraiment dans l’accompagnement, sans jugement », rappelle-t-elle. « L’idée, c’est que tous les acteurs travaillent ensemble dans l’intérêt de la santé de l’abeille. »
Une philosophie collective qu’elle résume simplement : dépasser les clivages pour protéger un maillon essentiel de notre biodiversité.
Et lorsqu’on lui demande ce qu’elle aimerait transmettre aujourd’hui, sa réponse est immédiate : faire connaître cet outil et encourager les apiculteurs à s’en emparer.
« C’est un levier formidable pour améliorer durablement la santé des abeilles. »


Publié le 15/41/2026